Depuis le 1er avril 2025, la réforme de l’assurance chômage a modifié en profondeur les règles applicables aux demandeurs d’emploi âgés. Ce texte, complété par la loi Seniors et par de nouveaux ajustements attendus en mars 2026, redessine les seuils d’âge, la durée d’indemnisation et les conditions de maintien des droits jusqu’à la retraite. Voici ce qui a réellement changé et ce que cela signifie pour vous.
Les changements au 1er avril 2025 : ce qui a réellement évolué
La convention d’assurance chômage du 15 novembre 2024, agréée par le gouvernement, a posé les bases de cette réforme. L’objectif affiché était d’adapter les paramètres du chômage au report de l’âge légal de départ à la retraite, désormais fixé à 64 ans, tout en réalisant des économies estimées entre 2,3 et 3,6 milliards d’euros sur quatre ans selon l’Unédic. Concrètement, tous les seuils d’âge donnant accès à des conditions dérogatoires pour les seniors ont été repoussés de deux ans.
L’âge minimum relevé à 55 ans
Avant la réforme, les règles favorables aux seniors s’appliquaient dès 53 ans. Depuis le 1er avril 2025, il faut désormais avoir 55 ans pour bénéficier des durées d’indemnisation allongées et des dispositifs spécifiques. Ce relèvement de deux ans concerne aussi bien la durée d’indemnisation que les conditions de maintien des droits jusqu’à la retraite. Les personnes de 53 et 54 ans qui espéraient encore profiter des anciennes règles basculent donc dans le régime général applicable aux moins de 55 ans.
La fin de la dégressivité de l’allocation
Autre évolution notable : la dégressivité de l’allocation, qui réduisait le montant de l’ARE après plusieurs mois d’indemnisation pour les hauts revenus, a été supprimée pour les seniors. Cette mesure visait initialement à inciter à un retour rapide à l’emploi, mais elle a été jugée inadaptée à une population souvent confrontée à des difficultés réelles de réinsertion professionnelle. Les seniors conservent donc le même niveau d’allocation chômage pendant toute la durée de leurs droits, sans baisse automatique liée à l’ancienneté dans le dispositif.
Durée d’indemnisation et maintien des droits jusqu’à la retraite
C’est sans doute le point qui inquiète le plus les demandeurs d’emploi concernés : combien de temps peut-on réellement percevoir l’allocation chômage après 55 ou 60 ans ? La réponse dépend directement de l’âge au moment de la fin du contrat de travail.
Combien de temps percevez-vous le chômage selon votre âge ?
Pour les moins de 55 ans, la durée maximale d’indemnisation reste plafonnée à 18 mois dans le cadre général. Entre 55 et 57 ans, elle grimpe à 27 mois. Au-delà de 57 ans, et sous certaines conditions, le dispositif de maintien des droits jusqu’à la retraite peut prendre le relais, permettant de continuer à percevoir l’allocation jusqu’à l’obtention de la retraite à taux plein.
| Situation | Avant le 1er avril 2025 | Depuis le 1er avril 2025 |
|---|---|---|
| Âge d’accès aux règles seniors | 53 ans | 55 ans |
| Durée maximale d’indemnisation seniors | 36 mois dès 55 ans | 27 mois entre 55 et 57 ans |
| Dégressivité de l’allocation | Applicable aux hauts revenus | Supprimée pour les seniors |
| Maintien des droits jusqu’à la retraite | Dès 62 ans | Dès 64 ans (âge légal) |
Les conditions pour maintenir vos droits jusqu’à la retraite
Le maintien des droits jusqu’à la retraite permet à un senior en fin de droits de continuer à percevoir son allocation chômage s’il n’a pas encore atteint l’âge légal de départ ou le nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein. Pour en bénéficier, il faut justifier d’une carrière suffisamment longue (au moins 12 ans d’affiliation à l’assurance chômage, dont un an dans les cinq dernières années), être inscrit à France Travail et rechercher activement un emploi, sauf en cas de dispense de recherche d’emploi accordée dans des situations particulières. Ce dispositif évite qu’un senior se retrouve sans ressources entre la fin de ses droits au chômage et son départ effectif à la retraite.
Le repère à connaître : ARE ou ASS après 57 ans
Si vos droits à l’ARE s’épuisent avant votre retraite à taux plein, vous pouvez basculer vers l’allocation de solidarité spécifique (ASS), sous conditions de ressources. Ce filet de sécurité concerne particulièrement les seniors dont la carrière a été marquée par un licenciement ou une rupture conventionnelle tardive.
Le bonus emploi senior : comment en bénéficier

Face au constat que le taux de chômage des seniors reste préoccupant malgré ces ajustements, la loi Seniors a introduit un bonus emploi senior destiné à encourager les entreprises à recruter ou maintenir en poste des salariés de plus de 60 ans. Concrètement, ce dispositif prend la forme d’exonérations de cotisations sociales pour les employeurs qui signent un CDI senior avec un demandeur d’emploi âgé, ou qui prolongent un contrat existant au-delà de l’âge habituel de départ.
Le CDI senior, expérimenté dans certains secteurs, vise à sécuriser les fins de carrière en offrant un cadre contractuel stable, souvent assorti d’un cumul emploi-retraite facilité une fois l’âge légal atteint. Ce cumul chômage retraite reste toutefois encadré : on ne peut pas percevoir simultanément une allocation chômage et une pension de retraite liquidée, sauf cas très spécifiques de retraite progressive.
Vos démarches concrètes si vous êtes concerné
Si vous avez plus de 55 ans et que vous venez de perdre votre emploi, la première étape consiste à vous inscrire sans délai auprès de France Travail (l’ancien Pôle emploi) pour ouvrir vos droits à l’ARE, en cherchant à éviter les délais de carence Pôle Emploi. Il est utile de vérifier votre nombre de trimestres cotisés, disponible sur votre relevé de carrière, afin d’anticiper votre éligibilité au maintien des droits jusqu’à la retraite, notamment en utilisant une simulation de vos droits au chômage.
Ensuite, il convient de demander explicitement à votre conseiller les modalités du dispositif de maintien des droits si vous approchez de la fin de votre indemnisation classique. Enfin, si votre situation le permet, renseignez-vous sur le bonus emploi senior et le CDI senior auprès des employeurs de votre secteur : ces dispositifs restent encore méconnus, alors qu’ils peuvent faciliter un retour à l’emploi dans de bonnes conditions financières.
Questions fréquentes sur le chômage des seniors

Peut-on cumuler chômage et retraite ? Non, pas tant que la pension de retraite n’est pas liquidée. Une fois la retraite prise, l’allocation chômage s’arrête automatiquement.
Que se passe-t-il en cas de fin de droits avant l’âge légal ? Le demandeur d’emploi peut basculer vers l’ASS s’il remplit les conditions de ressources, ou solliciter le maintien des droits s’il justifie de la durée d’affiliation requise.
La dispense de recherche d’emploi existe-t-elle encore ? Ce dispositif a été supprimé pour les nouveaux entrants, mais certaines situations transitoires permettent encore d’en bénéficier selon la date d’ouverture des droits.
Un licenciement change-t-il les règles par rapport à une rupture conventionnelle ? Non, les conditions d’éligibilité à l’assurance chômage restent identiques quelle que soit la nature de la rupture du contrat, dès lors qu’elle ouvre droit à indemnisation.