Vous avez signé un contrat d’intérim mentionnant 35 heures par semaine, mais l’entreprise utilisatrice vous fait travailler beaucoup moins. Cette situation, fréquente dans le travail temporaire, soulève une question simple : avez-vous droit au paiement des heures prévues, même non effectuées ? La réponse est généralement oui, et voici pourquoi.
Comprendre le contrat d’intérim 35h : fonctionnement et obligations
Le contrat de travail temporaire fixe une durée hebdomadaire de référence, souvent 35 heures. Cette mention n’est pas décorative : elle constitue la base de calcul de votre rémunération et engage l’agence d’intérim, qui reste votre employeur juridique tout au long de la mission, même si vous travaillez physiquement dans les locaux de l’entreprise utilisatrice.
Ce document encadre les relations entre trois acteurs : vous, l’agence d’intérim et l’entreprise utilisatrice. Cette dernière organise votre travail au quotidien, mais c’est bien l’agence qui vous verse le salaire et qui doit respecter les termes du contrat de travail temporaire signé avec vous.
Contrat 35h mais moins d’heures travaillées : que dit la loi ?
Le Code du travail est clair sur ce point : dès lors qu’un contrat de mission mentionne une durée hebdomadaire, celle-ci constitue un engagement contractuel. Si l’entreprise utilisatrice réduit votre charge de travail sans que vous ayez accepté de modification, l’agence d’intérim reste tenue de vous verser le salaire correspondant aux heures prévues.
Obligation de paiement des heures prévues au contrat
Concrètement, si votre contrat indique 35 heures et que vous n’en effectuez que 28 sur une semaine parce que l’activité manque, vous devez normalement être payé pour les 35 heures, tout comme vous comprendrez mieux votre situation en cas de chômage en consultant le calcul des indemnités chômage selon votre salaire mensuel. Ce principe repose sur l’idée que le salarié intérimaire, comme tout salarié, doit être rémunéré pour le temps qu’il met à disposition de son employeur, même si celui-ci ne parvient pas à l’occuper pleinement.
Prenons un exemple chiffré : pour un taux horaire de 12 euros, un contrat de 35 heures représente 420 euros bruts par semaine. Si vous ne travaillez que 28 heures, votre agence doit théoriquement vous verser les 420 euros prévus, et non 336 euros correspondant aux seules heures effectuées, sauf clause contraire valablement acceptée.
Les clauses de variabilité et leurs limites
Certains contrats intègrent une clause de variabilité ou de modulation du temps de travail, qui autorise une fluctuation des heures selon l’activité réelle. Cette clause doit être expressément mentionnée, chiffrée dans une fourchette raisonnable, et acceptée par écrit au moment de la signature.
Une clause de modulation du temps de travail ne peut pas servir de prétexte à une réduction arbitraire et illimitée des heures. Elle doit prévoir des limites précises, par exemple une variation entre 30 et 35 heures selon les semaines, et non une amplitude ouverte qui priverait le salarié de toute visibilité sur sa rémunération.
Ce que dit le Code du travail sur la variabilité
Une clause de variabilité doit toujours préciser une amplitude horaire chiffrée et être signée par le salarié. Une simple mention orale ou une clause floue ne suffit pas à justifier une baisse de rémunération.
Impact sur votre rémunération et vos indemnités

La différence entre heures prévues et heures travaillées ne touche pas seulement le salaire de base. Elle affecte aussi l’ensemble des éléments qui composent votre rémunération globale en tant qu’intérimaire, puisque plusieurs indemnités sont calculées en pourcentage du salaire brut perçu.
Conséquences sur les indemnités de fin de mission et les congés payés
L’indemnité de fin de mission, plus connue sous le sigle IFM, correspond à 10 % de la rémunération brute totale perçue pendant la mission. Si votre salaire est amputé à cause d’heures non payées, l’IFM diminue mécaniquement, tout comme l’indemnité compensatrice de congés payés, l’ICCP, également fixée à 10 % du brut.
Cette double conséquence explique pourquoi il est important de vérifier chaque bulletin de paie avec attention. Un écart de quelques heures non réglées peut sembler minime sur une semaine isolée, mais se répète souvent sur toute la durée d’une mission et finit par représenter une somme non négligeable une fois cumulée avec l’IFM et l’ICCP.
| Élément | Base de calcul | Impact si heures réduites |
|---|---|---|
| Salaire brut | Heures contractuelles (35h) | Doit rester dû sauf clause valable |
| IFM | 10 % du brut total | Diminue si le brut baisse |
| ICCP | 10 % du brut total | Diminue si le brut baisse |
Que faire si vous travaillez moins que prévu : recours et démarches
Si vous constatez un écart entre les heures mentionnées sur votre contrat de mission et celles réellement effectuées, la première étape consiste à comparer précisément votre contrat, vos relevés d’heures et vos bulletins de paie. Ces documents permettent d’objectiver la situation avant toute démarche.
Adressez-vous ensuite directement à votre agence d’intérim, par écrit de préférence, en demandant une régularisation du salaire correspondant aux heures contractuelles non honorées. L’agence, en tant qu’employeur, doit vous répondre et justifier tout écart, notamment en produisant la clause de variabilité si elle en invoque une.
En l’absence de réponse satisfaisante, vous pouvez solliciter l’inspection du travail, compétente pour vérifier le respect du droit du travail temporaire et intervenir auprès de l’agence, ou vérifier si vous avez droit à l’allocation chômage en cas de rupture. Si le désaccord persiste, la saisine du conseil de prud’hommes reste possible pour faire valoir vos droits de l’intérimaire et obtenir le paiement des sommes dues, majorées éventuellement d’intérêts de retard, et vous pouvez aussi vérifier vos droits au chômage avec une simulation.
Gardez toujours une trace écrite de vos échanges avec l’agence et l’entreprise utilisatrice. Ces éléments constituent des preuves précieuses en cas de litige, et permettent souvent de résoudre la situation à l’amiable avant d’envisager une procédure plus formelle.